À M. Zongo : le Burundi n’a pas besoin qu’on lui explique comment organiser ses élections

À M. Zongo : le Burundi n’a pas besoin qu’on lui explique comment organiser ses élections

Géopolitique

À M. Zongo : le Burundi n’a pas besoin qu’on lui explique comment organiser ses élections

Éditorial – ISOMO

Il faut parfois savoir regarder un pays avec ses propres yeux avant de prétendre expliquer son avenir depuis Genève.

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, vient une nouvelle fois de présenter une lecture très critique de la situation burundaise, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Son rapport évoque notamment la concentration du pouvoir, l’espace politique et des préoccupations relatives aux droits humains.

Mais une question mérite d’être posée : dans quelle mesure certaines de ces analyses correspondent-elles réellement à la manière dont les Burundais eux-mêmes perçoivent leur pays et leur processus politique ?

Le Burundi peut-il organiser ses élections sans attendre la permission de l’extérieur ?

Oui, et c’est précisément là que se trouve l’un des signes les plus importants de la souveraineté politique d’un État.

Pour les élections de 2025, le gouvernement burundais avait annoncé que le processus électoral serait financé principalement par le budget général de l’État, tout en indiquant que les partenaires extérieurs pouvaient apporter leur soutien sans imposer leurs conditions.

Cette capacité à organiser un processus électoral avec ses propres moyens ne devrait pas automatiquement être interprétée comme un problème.

Au contraire, un pays qui cherche à prendre progressivement en charge ses propres institutions est aussi un pays qui cherche à consolider son indépendance.

Le Burundi n’a donc pas nécessairement besoin que chaque étape de son processus électoral soit validée depuis l’étranger pour être légitime.

La campagne électorale : un rôle qui appartient d’abord aux institutions électorales

Il faut également éviter de confondre les responsabilités.

La campagne électorale est encadrée par la loi électorale. Le Code électoral définit notamment la campagne, ses modalités et les règles applicables à la propagande électorale.

La CENI et les structures électorales compétentes ont donc un rôle central dans l’organisation et l’encadrement du processus.

D’ailleurs, en 2026, la Présidence burundaise a réuni les partis politiques et la CENI autour de la préparation de l’élection de 2027, preuve que le processus électoral est déjà engagé au niveau national.

Il est donc légitime de demander des garanties sur la transparence, l’équité et le respect de la loi. Mais il est tout aussi légitime de rappeler que la régulation de la compétition électorale relève d’abord des institutions burundaises compétentes.

La domination politique ne se décrète pas depuis Genève

Autre point qui mérite discussion : la place du CNDD-FDD dans la vie politique burundaise.

Le Rapporteur spécial parle de concentration du pouvoir et, dans ses précédentes interventions, avait déjà évoqué une « ultra-dominance » d’un parti sur la vie politique.

Mais une domination électorale ne peut pas être expliquée uniquement par l’existence d’un parti puissant.

Il faut aussi regarder les électeurs.

Si une partie importante de la population choisit régulièrement le même parti, la première question à poser est peut-être : pourquoi ces électeurs font-ils ce choix ?

Lors de l’évaluation du processus électoral de 2025, la Présidence burundaise a indiqué que la victoire du CNDD-FDD avait été constatée à l’issue du scrutin et que les acteurs politiques avaient été réunis pour évaluer le processus.

On peut discuter de la compétition politique, critiquer les institutions ou demander davantage de pluralisme. Mais il serait réducteur de considérer automatiquement le choix d’une partie des électeurs comme le simple produit d’une « domination ».

Les électeurs ont aussi leur propre volonté politique.

Le CNDD-FDD vu depuis ses électeurs

Pour ses militants et sympathisants, le CNDD-FDD représente aujourd’hui un véhicule politique à travers lequel ils espèrent atteindre certains objectifs de développement à long terme, notamment ceux associés à la Vision Burundi 2040-2060.

L’image est simple : celle d’un bus.

Le CNDD-FDD serait, pour ses partisans, un bus engagé sur une longue route. Certains y montent parce qu’ils estiment que son conducteur connaît la destination. D’autres peuvent vouloir descendre ou prendre une autre route.

Mais dans une démocratie, le droit de monter dans ce bus appartient à l’électeur, tout comme le droit de choisir un autre moyen de transport.

Ce n’est donc pas à un rapporteur international de décider à la place des Burundais quel véhicule politique ils doivent emprunter.

Et les Imbonerakure ?

Sur ce point aussi, le débat mérite davantage de précision.

Le terme « Imbonerakure » fait l’objet de fortes controverses et de critiques de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains, tandis que les autorités burundaises et les responsables du parti au pouvoir présentent cette organisation de jeunesse sous un autre angle.

Le Rapporteur spécial a régulièrement exprimé des préoccupations concernant les Imbonerakure.

Mais lorsqu’un membre d’une organisation politique commet une infraction, la responsabilité doit être individuelle et établie par les institutions judiciaires compétentes. On ne peut pas transformer automatiquement chaque jeune membre d’une organisation en criminel par son simple appartenance.

C’est précisément pourquoi le débat doit rester fondé sur des faits vérifiables : qui a fait quoi, quand, où, et quelles procédures judiciaires ont suivi ?

Le Burundi doit aussi être jugé sur ses actes

Isomo ne dit pas que le Burundi est parfait.

Aucun État ne l’est.

Les droits humains doivent être protégés. Les libertés publiques doivent être respectées. Les institutions doivent fonctionner. Les citoyens doivent pouvoir participer à la vie politique. Les éventuelles violations doivent faire l’objet d’enquêtes et, lorsque les faits sont établis, de sanctions.

Mais la même exigence doit être appliquée dans l’autre sens :

les analyses internationales doivent elles aussi être précises, documentées et replacées dans la réalité politique et sociale du Burundi.

Un rapport ne devient pas automatiquement une vérité absolue simplement parce qu’il est présenté devant le Conseil des droits de l’homme.

Le gouvernement burundais a d’ailleurs régulièrement contesté plusieurs conclusions du Rapporteur spécial, tandis que certaines organisations internationales les soutiennent. Le débat existe donc réellement et mérite d’être présenté comme tel.

Notre question à M. Zongo

Monsieur Zongo,

Les Burundais sont capables de débattre de leur démocratie.

Ils sont capables de critiquer leur gouvernement.

Ils sont capables de choisir leurs dirigeants.

Ils sont également capables de rejeter un parti et d’en soutenir un autre.

Alors, avant de conclure que le pays est simplement prisonnier d’une domination politique, il faudrait peut-être écouter davantage ce que disent les électeurs eux-mêmes.

Le Burundi prépare déjà ses prochaines échéances électorales. La CENI est au travail, les partis politiques sont appelés à participer au processus et les institutions nationales se préparent à l’élection présidentielle de 2027.

Le rôle d’un mécanisme international est d’observer, d’alerter et de documenter.

Mais l’avenir politique du Burundi appartient d’abord aux Burundais.

Et cette souveraineté-là, aucun rapport ne peut la remplacer.

ISOMO — Informer. Éclairer. Faire réfléchir.
Publié le 21/09/2026 à 10:44
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